Recherche : "Identité Ethnique et cohésion sociale"
13 octobre 2009
Pendant cette quatrième phase, l’IRDP s’est concentré sur deux thèmes de recherche tels que recommandés par le Groupe National qui s’est réunit en Juillet et Août 2008. Il s’agit de "La participation dans la gouvernance démocratique" et "Identité ethnique et cohésion sociale".

Ce dernier thème, très sensible dans le contexte sociopolitique rwandais, a suscité l’intérêt des participants au processus de recherche-débat, que ce soit au niveau national ou dans la Diaspora.
Tandis que la majorité admet que le conflit hutu-tutsi est principalement un conflit de pouvoir, ils ont néanmoins relevé les défis suivants liés à cette question 15 ans après le génocide :

Amoko

- Au niveau politique, il faudrait clarifier ce que la constitution entend par "Union nationale". Tandis qu’officiellement les ethnies n’existent plus, l’on constate tout de même qu’il y a un équilibre entre les deux ethnies, suivi dans l’attribution des postes. Les autorités devraient donc aussi démystifier cette question en en discutant publiquement.

- Le débat sur les amoko devrait tenir en considération les personnes nées des hutu et des Tutsi, car ils constituent une catégorie particulière.

- Les Twas subissent toujours des discriminations qui sont ignorées parce que toute l’attention se porte sur l’antagonisme hutu-tutsi.

La mémoire

- Les Hutus et Tutsis n’ont pas la même perception des événements et dates importants qui ont marqué l’histoire du Rwanda comme par l’exemple l’indépendance du pays qui est vécu par comme le début des massacres pour les Tutsis.

La justice

- Le fonctionnement des tribunaux Gacaca n’est pas complètement transparent pour certains qui recommandent qu’en reconnaissant qu’il y a l’idéologie du génocide concrétisée par l’intimidation et l’élimination de certains rescapés du génocide et les témoins devant les juridictions Gacaca, il faut en même temps reconnaitre et dénoncer certains témoins à charge dont les dépositions sont délibérément mensongères et qui peuvent avoir comme conséquences la diabolisation de l’ethnie Hutu en général.

Parmi les solutions proposées par les participants au processus étaient les suivantes :

- Il faut pour commencer, reconnaitre qu’il y a des problèmes liés aux amoko et qui sont différemment perçus et vécus par les rwandais de différentes amoko et en discuter. Un dialogue inter-rwandais sur la question ethnique devrait impérieusement avoir lieu.

- L’unité des rwandais reste problématique, il s’avère impérieux qu’il ait des symboles de l’unité nationale. Il faudrait également mettre l’accent sur les valeurs communes ou partagées qui devraient constituer un pilier de l’unité des rwandais.

- Les rwandais devraient trouver des symboles nationaux communs sans connotation négative pour l’une ou l’autre ethnie.

- La citoyenneté doit être mise en avant comme identité ultime.

- En commémorant le génocide contre les Tutsi, il faudrait aussi garder en mémoire les Hutu qui ont été tués pour s’être opposés au plan génocidaire

- Un accent particulier devrait être mis sur les jeunes dans les efforts de restauration de l’unité et la réconciliation des Rwandais.

- Le débat sur la question ethnique devrait viser non l’existence/non existence des ethnies mais la valeur que ces identités ont pour les rwandais.

Les chercheur qui travaillent sur le sujet ont également rencontré des personnes ressources dont des professeurs d’universités en sciences humaines ou en sciences politiques. Pour ces derniers, le débat sur la question ethnique devrait viser non l’existence/non existence des ethnies mais leur valeur. Il devrait également porter sur les préjugés ethniques en vue de les démystifier. La question ethnique ne se posera plus quand viendra le jour où personne ne sera lésé à la suite de son appartenance ethnique, ou n’accédera à un avantage grâce à son ethnie. Pour y arriver, le règne de la loi est une condition sine qua non.

La recherche suit son cours, également dans des focus groupes constitués de rescapés du génocide des Tutsis, de détenus génocidaires, d’anciens réfugiés de 1959, et des réfugiés de 1994. Les premiers résultats seront présentés au grand public en Juin 2010.

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